11/12/2007

De l'art de donner des leçons

Marc Moulin m'énerve.

C'est de sa faute après tout: c'est lui qui nous apprend à nous énerver. Démarche salutaire, critique.

Oui mais il m'énerve parce qu'il passe un temps précieux à relever des contradictions chez les uns et les autres sans s'imposer une auto-critique, une cohérence qu'il lui donnerait une légitimité pour critiquer les autres et sans accepter la critique.

Deux exemples.

La semaine dernière, il publie dans télémoustique un article où il critique l'absentéisme des députés PS dans une commission du Parlement Wallon. 1 député PS sur 34: pas assez pour atteindre le quorum donc le PS bloque le fonctionnement de la commission.

Je me suis fendu d'un courrier dans lequel j'explique qu'il faut en effet s'indigner de l'absentéisme mais qu'il se trompe lourdement - et trompe dès lors le lecteur - en parlant de 33 absents car la commission compte 6 députés PS... ce qui fait donc 5 absents et non 33. La différence est de taille!

J'espérais naïvement qu'il aurait l'honnêteté de corriger l'info, tout en reconnaissant que 5 absents, ce n'est pas acceptable.

Il m'a répondu. Quel honneur.

Il m'a répondu que j'avais raison, qu'il s'était trompé. Mais... qu'il ne corrigerait pas le tir!

J'appelle cela de la malhonnêteté intellectuelle.

Deuxième exemple en image: Marc Moulin, le pourfendeur de la société de consommation et défenseur du citoyen face aux errances du privé comme du politique... fait de la pub pour la Banque de la poste. Pas besoin de plus de commentaires.

Moulin

14:19 Écrit par Beno dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Ben quoi? …des banques il en faut aussi! On peut être contre ce qu'on fait de l'argent mais pas contre l'argent! Ça n'a pas de sens! On peut être contre l'électrocution et pour l'électricité! Faut rester clair dans sa tête sinon on ne fait que de la propagande et on ne fait rien avancer! Moi je comprends Kouchner, Hirsch et d'autres qui ont choisi de travailler ensemble et de se battre pour avancer.

Écrit par : Truffe | 12/12/2007

Oui il faut des banques... mais La Poste atteint le sommet du cynisme dans la relation clientèle en fermant les points dans les villages à tour de bras, sous prétexte que des magasins peuvent devenir point poste. Ca se dit service public mais ça se gère avec un objectif de rentabilité qui évacue totalement la dimension humaine.
Quant à Kouchner, vous parlez du type qui a réalisé une étude pour Total sur la Birmanie avant d'être ministre pour un président qui reçoit Khadafi avec tous les honneurs? Il y a bien d'autres façons de se battre non?

Écrit par : Benoît | 12/12/2007

... Marc Moulin n'est en effet pas très honnête, ni d'ailleurs intelligent. il ne comprend plus que l'époque n'est plus au nuance, mais aux battes de base ball, comme dirait Woody Allen (en le paraphrasant...)
Qui plus est, il est mal placé pour critiquer quoi que ce soit, quand on se souvient du "copinage" dont il profite si souvent...
Sinon, excellent article, as usual

Écrit par : aldagor | 13/12/2007

Benoît, tu critiques Sarkozy pour avoir reçu Khadafi au prétexte que... quoi ? Comme il n'existe aucun pays au monde qui n'ait pas quelques centaines de cadavres dans les tiroirs (au sens figuré de l'expression, hein, pas au sens propre !), ne plus vouloir ouvrir sa porte aux représentants nationaux d'Etats à qui on a quelque chose à reprocher, c'est se couper du monde - mais du monde ENTIER !

Allez, je concède que l'exception qui confirme la règle est peut-être le Grand-Duché du Luxembourg, qui n'a jamais tué ses opposants internes, jamais tenté d'envahir l'Allemagne voisine, jamais élevé un Blöcher au pouvoir et jamais tracé de frontière linguistique entre Echternach et la brasserie de Diekirch !

Écrit par : Pacotille | 16/12/2007

... Pacotille,
Peut-on mettre les relations économiques avant le respect des droits de l'homme lorsqu'on est le Président de la patrie des droits de l'homme?
De fait, il est difficile de ne travailler qu'avec des pays où tous les traités internationaux sont respectés... mais doit-on recevoir en grande pompe un chef d'état qui refuse les droits les plus élémentaires (liberté d'expression,...)? Qui est d'un cynisme sans mesure (prise d'otage des infirmières bulgares car c'est bien de cela qu'il s'agissait,...)?
Quitte à être isolé à force de tourner le dos aux dictateus, je préfère ne pas signer de contrat.
Merde à la fin: peut-on en même temps saluer l'intervention de Sarko pour Ingrid Betancourt et rester sans réaction quand il accueille Kadhafi?

Écrit par : Benoît | 17/12/2007

Tout à fait honnêtement ? Moi, ça ne m'empêche pas de dormir.

Et quand tu parles de "liberté d'expression", je ne connais pas de pays au monde où la "liberté d'expression" soit une valeur absolue. Elle est plus ou moins modulée selon les endroits. En Belgique, on empêche bien la RTBF de diffuser un reportage sur Nick Rodwell. Et les remarques racistes restent interdites et punissables, même si elles ne font que formuler un avis personnel. A ce que j'en sache, aussi, le crime de lèse-majesté, fût-ce en paroles, y existe aussi...

Tout n'est qu'une question de point de vue. De quel droit, nous Européens, nous arrogeons-nous l'outrecuidante "liberté" de juger que NOTRE conception de la liberté d'expression est la seule valable ? Cela fait très "vérité révélée et unique", ce mode de pensée monothéiste et incapable d'imaginer qu'une autre réalité vive ailleurs.

Soit, c'est peut-être condamnable aux yeux de notre perception à nous. Mais qui sommes-nous de plus que "les autres" pour vouloir leur imposer NOTRE raisonnement ? C'est très néo-colonnialiste, comme attitude ! "Moi y en a bon blanc venir prêcher la bonne parole et te convertir. Et n'oublie pas, la seule position admise, c'est celle du missionnaire !"

Pourquoi jeter les pratiques chamaniques et vaudoues aux orties ? La religion judéo-chrétienne est-elle si reluisante - et surtout, la seule et unique détentrice de LA vérité ?

C'est un peu ça que je reproche au mode de réflexion occidental, dans de multiples domaines, d'ailleurs : droits de l'homme, environnement, politique d'asile, délocalisations et j'en passe... : la terreur imposée du politiquement correct (vu de ce côté-ci de la lorgnette), du "j'ai raison point à la ligne et tant pis pour celui qui ne pense pas comme moi".

Khadafi gère son pays comme il l'entend. Pourquoi la France aurait-elle des leçons à lui donner ?

Écrit par : Pacotille | 23/12/2007

Pacotille,

Je ne suis pas d'accord. Tu sembles dire que l'Europe s'oppose à un pays entier. Sans citer le droit d'ingérence, c'est un peu ce concept qui tu crois lire dans mes propos.
Je ne parle pas de libérer un peuple contre sa volonté mais bien de s'opposer à un dictateur afin de montrer à son peuple, celui qui est bailloné, emprisonné, torturé... que le monde n'est pas indifférent à ce qu'il vit.
Nick Rodwell croit avoir gagné: il a surtout montré que même si la justice lui permettait de le protéger, cela n'empechait pas la presse de s'indigner publiquement de la censure dont elle est victime. Crois-tu vraiment qu'un journaliste libyen aurait cette possibilité? Rodwell n'est bien sûr par Khadafi...

Le principe qu'il existe plusieurs vérités ne suffira jamais chez moi à tolérer l'intolérable. Je ne plaiderai pas pour une intervention bushienne mais qu'on n'essaye pas de me faire fermer les yeux sur une dictature pour la seule raison qu'elle peut être un gros client pour l'industrie française.

Écrit par : Benoît | 23/12/2007

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