09/09/2007

N'est pas journaliste qui veut!

 

Internet a ceci de formidable que chaque personne ayant une connection Internet peut se prendre pour un journaliste. Formidable mais surtout dangereux.

Quand des dérapages sont déjà nombreux chez des "journalistes professionnels" (voir le site http://molenews.hautetfort.com/ pour des exemples à la pelle), que dire lorsque des citoyens se prennent pour des journalistes, sans les moyens, les compétences et l'expérience pour ce faire?

Dans le meilleur des cas - lorsque les bloggeurs ont conscience du cadre dans lequel ils évoluent -, cela donne une parole citoyenne salutaire face à une pensée parfois unique distillée par une presse guidée par le sensationnalisme et/ou le poujadisme et/ou les chiffres de vente. Je vise bien sûr une certaine presse (oui, la DH, RTL,...) mais bien d'autres médias franchissent peu ou prou la ligne rouge.

Dans le pire des cas, cela donne ceci:

http://www.come4news.com/

Un site avec une adresse - come4news.com - à l'apparence professionnelle, un graphisme plus travaillé que la majorité des blogs citoyens et un sous-titre qui laisse penser que nous sommes dans une agence de presse: "le premier site francophone du journalisme citoyen rémunéré".  

Journalisme citoyen rémunéré!

De prime abord, on se dite: enfin un site qui rémunère ses auteurs (cfr le débat "Pigiste pas pigeon" et l'exemple relaté par Mole), c'est chouette.

Mais encore faut-il se poser la question: est-ce la rémunération qui fait la qualité d'un papier... ou la qualité d'un papier qui détermine la rémunération? Poser la question, c'est y répondre un peu, beaucoup, passionnément...

Un exemple?

http://www.come4news.com/2007-bertrand-cantat-devrait-etr...

Où l'on apprend que Bertrand Cantat pourrait être libéré dans les prochains jours. Bertrand Cantat, présenté comme le tueur de Marie Trintignant.

On ne dit pas "condamné pour homicide involontaire" ni "auteur de coups ayant entrainé la mort de Marie Trintignant sans intention de la donner". Non, le tueur. Deux lignes plus loin, on parle de "meurtre"...tout en citant enfin, encore plus loin "l'homicide involontaire".

Je ne cherche pas à dédouanner Bertrand Cantat mais un journaliste sait que chaque mot a un sens et que s'il existe des synonymes, il existe également des mots proches qui ont un sens très différent, notamment dans le jargon judiciaire.

Se prétendre journaliste avec des approximations telles que celle-ci est inacceptable.

Il est vraiment grand temps qu'on protège la profession de journalistes sur Internet!

Benoît 

10:56 Écrit par Beno dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Cher Benoît,
Les blogs politiques permettent surtout à leurs auteurs de répéter leurs idées et à leurs lecteurs de conforter leurs opinions... ou à insulter anonymement les tenanciers des blogs qui ne partagent pas leurs idées.
C'est un peu comme un chien: c'est gentil, amusant, joli, cela grogne et mord parfois... mais cela ne sert à rien finalement!
En effet, je ne connais personne qui a changé ses convictions suite à la lecture d'un blog.
Amitiés

Écrit par : Armand | 09/09/2007

Bonsoir Benoît Je partage tout à fait l'avis d'Armand, et j'ajouterai que sur la blogosphère :
1) tout le monde peut écrire n'importe quoi sur n'importe quoi, y compris s'il pense juste l'inverse;
2) n'importe qui peut se présenter sous le pseudo de n'importe qui d'autre pour, de nouveau, lui faire dire n'importe quoi.

D'où l'importance de démythifier un peu les blogs et de ne JAMAIS prendre pour argent comptant tout ce qu'ils colportent comme idées, rumeurs et autres racontars contextuels.
C'est malheureux pour ceux qui émettent et défendent des avis avisés et pertinents - mais sur Internet et en dehors des sites officiels, tout doit être suspect "de initio".

Je ne parle bien évidemment pas ici des sites officiels, mais uniquement des blogs...

Bien amicalement,

PS. Après tout, suis-je vraiment le "vrai" Pacotille ???

Écrit par : pacotille | 09/09/2007

ET LES "PHOTOGRAPHES" DE PRESSE ? C’est vrai qu’aujourd’hui, « grâce » ou « à cause » de ce nouveau mode d’expression que sont les blogs sur le Web, n’importe qui peut se prendre pour un grand chroniqueur et ça vole rarement haut. Il est regrettable de constater que même des media qu’on suppose sérieux laissent, comme RTL, tenir sur leurs communiqués des commentaires incroyablement racistes, anti-tout et pro n’importe quoi.
Mais il en est pareil des photographes qui se prennent tous pour des grands reporters, inondant le Web de pseudos reportages d’un contenu et d’une qualité dépassant rarement le niveau scolaire et qui ne flattent que leur ego. Cela ne serait rien, chacun ses goûts, si les vrais photographes de presse, et ils ne sont pas nombreux à Namur, ne les avaient pas constamment dans les pieds lors de manifestations et reportages. Il faut dire que ces imitations de paparazzis sont souvent très bien équipées et peuvent faire illusion, et avec leurs « logos » imprimés sur leur fières poitrines ou dans le dos ont de fait des allures de Canada dry… mais ce n’est pas du Canada dry.
Cerise sur le gâteaux, bien des organisateurs participent à la confusion en leur octroyant des laissez-passer ou badges porteurs de la mention « PRESSE », ce qui, vous en conviendrez n’est pas plus logique que d’appeler « docteur » un gars qui se balade en tablier blanc…
Signé : un photographe de presse qui est fatigué de se faire emm…..er

Écrit par : ADUB | 09/09/2007

... @ Adub: je comprends ton émoi. Souviens toi cependant d'une époque où un festival approchant étant envahi tous les jours par trois fanatiques à la fois caméraman et photographe pour lesquels on se demandait s'ils avaient de la pellicule ou s'ils venaient faire une caméra cachée pour les Deschiens ;-). Reconnais au moins que les photographes que tu vises sont un peu plus pro... sans l'être vraiment.

@ Armand: je me suis mal fait comprendre peut-être. Je ne vise pas les blogs politiques mais ceux où l'on prétend faire du journalisme comme come4news. Je respecte bien entendu la parole citoyenne (tout en reconnaissant qu'elle comprend 90 % de déchets: voir commentaires sur rtlinfo.be, 7sur7,...) mais parole citoyenne ne veut pas dire journalisme.

@Pacotille: il serait en effet grand temps qu'une procédure de certification (via le passport Skynet, ce doit être faisable) protège le pseudo...

Écrit par : Benoît | 10/09/2007

Cela étant - et à décharge - je dirais aussi que :

1) la liberté d'expression est un gage de démocratie garanti par la constitution (en Belgique, du moins);

2) on ne peut pas reprocher à un média (papier ou autre) de défendre les opinions de sa ligne éditoriale; selon que tu étais républicain ou démocrate, les "papiers" couvrant le Watergate ou la ligne de conduite américaine au Vietnam n'étaient que de vulgaires calomnies ou au contraire paroles d'évangile. Le seul prétexte qu'un média ne soit pas de la même tendance (politique, philosophique ou autre) que toi ne suffit pas à lui dénier le droit d'exprimer son opinion.
Dans le même ordre d'idée, un écrit, quel qu'il soit et quel que soit son auteur, sera TOUJOURS subjectif, ne fût-ce que par le choix (parfois/souvent inconscient) des mots qu'il recèle. Quant à moi, sans avoir lu l'article que tu fustiges et sur la simple base des mots que tu cites, je ne vois absolument pas où est le problème : Cantat a été condamné pour l'homicide involontaire de Marie Trintignant, soit. Un tueur, stricto sensu, c'est une personne qui tue ou a tué (indépendamment de l'aspect "professionnel", qui constitue une acception particulière - voir Petit Robert). C'est le cas, non ? Si tu mets une autre connotation derrière, c'est ton vécu qui t'y pousse. Quant au "meurtre", si sa définition première est bien "personne qui tue volontairement un être humain" (sans préméditation - la préméditation renvoyant alors au concept d'assassinat - mais je ne t'apprends sans doute rien), l'article renseigne également comme synonyme "homicide", c'est-à-dire... "action de tuer un être humain" - et on ne peut pas nier que ce soit également le cas ici.
Le fait que ce soit ou non répréhensible, punissable et autres joyeusetés n'intervient pas dans l'interprétation que l'on donne aux mots. Je ne crois pas que l'on déforme la vérité quand on dit que "Bertrand Cantat était le tueur de Marie Trintignant, sur laquelle il a commis un meurtre".

Il n'y a, dans le dictionnaire et dans la langue vernaculaire, AUCUN mot qui ne soit connoté d'aucune manière et que l'on pourrait taxer de "parfaite neutralité". Comment veux-tu dès lors qu'un journaliste, quel que soit son bord, relate un fait avec une parfaite exigence de "neutralité" si les outils qui sont mis à sa disposition ne le lui permettent pas ?
Du reste, l'expression d'une opinion, fût-elle journalistique, me semble salutaire : je préfère un monde en couleurs, fussent-elles opposées, qu'un salmigondis de gris (cela me rappelle les bâtons de plasticine de mon enfance qui, à force d'être malaxés ensemble, finissaient par donner au bout de quelques semaines une boule invariablement grise/brune aux nuances indéfinissables) censé représenter le "centre d'équilibre", la "parfaite neutralité", le "sans opinion marquée", la "relation sans prise de position".

Je ne trouve rien de choquant à ce qu'un journaliste de gauche encense les positions du PS vilipendées par un journaliste de droite, ou inversément que ce dernier loue les revendications de la FEB vouées aux gémonies par le premier.
Chacun étant libre de consulter le média qu'il souhaite, il nous est donc possible, à toi, à moi et à tous, soit de nous cantonner aux seuls supports qui nous agréent, soit de multiplier les sources et de confronter les avis pour se faire une opinion nuancée et enrichies par les différents points de vue.

Chacun choisit sa manière de se faire une religion...

Sur ce, faut tout de même que je travaille un peu - le raoût du chat doit tout de même se gagner à la sueur du front...

Écrit par : pacotille | 10/09/2007

@Pacotille: il ne faut pas confondre le débat objectivité/subjectivité et professionalisme/amateurisme.
Je reconnais à chaque média le droit à une ligne éditoriale, à une certaine subjectivité voire à la mauvaise foi. Mais reste que toute profession nécessite un minimum de professionnalisme pour pouvoir prétendre en assumer le titre.
Il existe des balises pour le publi-rédactionnel afin que le lecteur d'un toute-boite ou d'un journal sache s'il lit un article de fond ou une publicité qui en imite la forme. Il devrait exister d'autres balises qui permettent aux lecteurs de faire la différence entre l'oeuvre d'un journaliste et celle d'un citoyen. Libre à chacun de créer un blog/site internet/newsletter/... mais le support seul n'est pas constitutif d'un média journalistique.
Il se fait que j'ai eu par le passé une carte de presse (APPCB => presse cinématographique) mais je n'ai jamais prétendu être journaliste quand j'écris ce blog.
De même, il serait bon qu'on apprenne aux surfeurs à faire la différence entre 7sur7 (de même que le fil info du soir) et lesoir.be, lalibre.be,... Une dépêche n'est pas un article.
Tout ceci est question de pédagogie mais en l'absence de "formation", des balises s'imposent. Sauf bien sûr si tous les lecteurs avaient une lecture critique et analytique mais il suffit de lire les commentaires ou d'écouter la libre antenne de Bel RTL le soir pour voir que le citoyen lambda n'a pas toujours les repères nécessaires.

Écrit par : Benoît | 10/09/2007

T'es-tu posé la question de savoir si le citoyen/lecteur/surfeur lambda avait ENVIE d'avoir des repères ? Parce que la fixation des repères est elle aussi subjective ! Le fait de dire "Tel média, c'est de l'info de fond (sans juger de la qualité), tel autre c'est de la dépêche à brûle-pourpoint, sans réflexion qui la sous-tende, tel autre encore c'est du n'importe quoi, tel autre enfin, c'est un ramassis de m...(là, c'est du jugement de valeur)", cela relève d'une démarche déjà subjective.

C'est la même problématique que pour le vote électronique : on dit que c'est la machine qui comptabilise et donc qu'il n'y a pas possibilité de tricher vu qu'une machine est a priori "apolitique" et donc impartiale. Le problème, c'est que la machine, dans l'état actuel des choses, nécessite une programmation humaine - et dès qu'il y a intervention humaine, il y a subjectivité potentielle.

C'est aussi la base de la théorie de la relativité d'Einstein : dès que tu observes un phénomène, tu le modifies par ta seule présence - et en substance, tu ne peux pas t'extraire du contexte pour jeter un regard "extérieur" sur le monde (médiatique ou autre).

Crois-tu vraiment que les gens qui lisent "Voici" (et qui ne doivent pas être les mêmes que ceux qui compulsent "Le Monde") risquent de prêter le moindre crédit à une mise en garde, au début de chaque article, indiquant "attention, ceci n'est peut-être pas vérifié à 100% - il y a beaucoup de suppositions et de déductions limite-limite" (je prends un exemple outrancier volontairement) ?

C'est pour cela qu'il y aura toujours une "élite" intellectuelle - des gens qui ont l'intelligence de sélectionner leurs sources (et pas forcément en fonction des petits carrés/ronds/étoiles qui les cataloguent à tel ou tel niveau), de recouper leurs informations, de se renseigner le cas échéant pour avoir un autre son de cloche et se forger une opinion - forcément subjective, mais au moins documentée, et une masse qui se contente d'ingurgiter passivement tout ce que les canaux dits "populaires" lui proposera.

Pour prendre une analogie gustative, tu auras toujours des gens pour aller au McDo 5x par semaine s'empiffrer de trucs dégoulinant de graisse, même si on leur "balise" le chemin en leur disant qu'attention, une fois de temps en temps, ce n'est pas interdit, mais pour la santé, mieux vaut ne pas exagérer !

Ce n'est pas parce que tu clamerais - à bon escient - que la musique adoucit les moeurs et que la castagne est mauvaise au portefeuille et à la santé que le Hell-Side abandonnerait les travées stadistiques pour courir à la Monnaie...

Les balises, repères et jalons, indépendamment de leur caractère subjectif (puisque fixés par "quelqu'un" qui, forcément, a une opinion sur la chose), ne servent qu'à ceux qui sont déjà acquis au principe de leur bien-fondé ! Les autres n'en auront cure - voire n'y prêteront même pas attention.

Écrit par : pacotille | 10/09/2007

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