13/06/2007

La mauvaise sortie d'Elio Di Rupo

Edito de Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint du Soir
12 juin 2007

Elio Di Rupo a décidément la décantation très lente. Si lente ! Cette ankylose politique, lorsqu'il s'agit de régler les conflits socialo-socialistes - ou d'ego -, ne laisse pas d'étonner, venant d'un homme qui fait preuve d'une énergie et d'une lucidité peu communes dans la gestion de « sa » Région.Prenez Charleroi, le clou de son cercueil : il aura fallu six mois (et l'on est bon prince...) et un Waterloo électoral pour que le président du PS se décide à prendre la mesure d'autorité que ses seconds (Onkelinx, Dupont...) réclamaient depuis Noël. Et la presse, il n'est pas inutile de le rappeler, depuis l'automne 2005.

Le Montois, aujourd'hui défait, a fait preuve du même aveuglement ou de la même obstination coupable(s) en cumulant les mandats de chef d'un parti dominant, d'une région en capilotade et d'une ville qui se cherchait un avenir.
On ne s'étonnera dès lors qu'à moitié si « l'effet retard » à Charleroi et dans la gestion de ses gigamandats se triple désormais d'un retard à l'allumage face à l'échec électoral du PS.

Quitter le Boulevard de l'Empereur ? Pas d'angélisme : Di Rupo s'y prépare... lentement. Mais on est prêt à parier une dédicace de Van Cau posant en Mr Propre contre un camion de pompiers qu'elle n'interviendra pas avant lanlaire. Di Rupo s'y accrochera tant que son ego - toujours lui - lui dictera que nul plus que lui-même n'est en mesure de négocier le devenir francophone face aux appétits autonomistes flamands.
Si peu de lucidité est-il admissible venant du chef de l'ex-plus grand parti francophone ? Non.

Cette attitude, orgueilleuse, à la limite de l'aveuglement, contraste violemment avec le comportement d'un Verhofstadt ou d'un Vande Lanotte qui, en tirant leur révérence en temps, en heure et en dignité, génèrent déjà de la nostalgie et créent... les conditions de leur retour .

Elio Di Rupo, lui, est en train de rater sa sortie. Et un double rendez-vous historique. En passant illico la main à la présidence, il pourrait se consacrer à temps plein au redressement wallon, et permettre à son parti de terminer, sans atermoiements, sa modernisation. Enfin.

******

Tout en disant le contraire de moi (à savoir qu'Elio doit quitter le parti pour se consacrer à la Région), Luc Delfosse n'exprime in fine que le même malaise.

On ne peut nier que Charleroi a une responsabilité dans l'échec du PS dimanche mais cet échec ne se limite pas à ça. Je relève notamment une incapacité manifeste du PS à valoriser son bilan au fédéral (ou même régional) ainsi qu'une arrogance de mauvais aloi (le ponpon avec "Papa" qui annonce que le MR ne sera plus à la table des négociations après les élections... alors que tout le monde y sera sauf le PS... et que Didier Reynders sera informateur). Manque de clairvoyance, arrogance, tout cela ne nous aide pas.

Et quand j'entends certaines voix dirent ou laissent sous-entendre que le PS pourrait monter au gouvernement, je dis STOP. Arrêtons de croire que le PS est indispensable: cela aussi nous a fait perdre assez d'électeurs. Le citoyen a été clair dimanche, il ne veut pas du PS actuel. S'accrocher au pouvoir ne fera que nuire au PS. Allons dans l'opposition, redécouvrons cette partie du travail parlementaire, laissons d'autres gérer le pays et préparons l'avenir. L'avenir du PS d'abord. L'électeur décidera en 2009 ou 2012 s'il souhaite que le PS revienne au devant de la scène.

Et Elio doit montrer l'exemple. N'est-ce pas ce qu'on attend d'un président de parti?

09:16 Écrit par Beno dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

... POur le PS, une cure d'opposition serait bénéfique (et cela se verrait en 2009), mais est-ce souhaitable pour la population?

Écrit par : aldagor | 13/06/2007

Apparemment,... ... la population semble être d'avis que c'est effectivement le cas !

Quant au rebond de 2009, attendons de voir quand l'abcès carolo sera définitivement curé (parce que jusqu'à présent, on n'a pas encore fini de découvrir des métastases... et la chimiothérapie judiciaire risque de prendre un certain temps).

Circonspect, donc, suis-je !

Écrit par : pacotille | 13/06/2007

... Tu poses la question et y réponds.

Est-ce souhaitable pour la population? Elle le souhaite en tout cas.

La Belgique vire à droite, je le regrette mais c'est un fait incontestable (on peut retourner les chiffres dans tous les sens).

Est-ce que le pays va vivre 36.000 malheurs sans le PS? Je ne le crois pas. Certes, les priorités vont changer et le social va en prendre un coup mais comme Gisard l'a dit (si je ne trompe pas), le PS n'a pas le monopole du coeur Arrêtons de jouer sur la peur des citoyens.

Si la majorité entrante gère la Belgique selon le pire des scénarios, le citoyen en tirera les conséquences en 2009 et le PS n'aura aucun mal à s'en sortir.

Si par contre cette majorité déjoue toutes les craintes et peurs relayées par le PS, alors le PS aura bien besoin des deux ans d'opposition pour se reconstruire et convaincre de l'utilité de voter PS...

Écrit par : Benoît | 13/06/2007

Tout à fait, Benoît,... ... c'est effectivement Giscard lors du Grand Débat de 1974 face à Mitterand.

Du reste, il n'appartient à personne de décider ce qui est bon pour la population. C'est à elle seule de se déterminer - c'est d'ailleurs là le fondement de la démocratie. Et en poussant le bouchon un peu loin, en imaginant le scénario extrême d'une Flandre indépendante où le Vlaams Belang ferait 87% des voix (score stalinien s'il en est), cela signifierait que 87% des Flamands partageraient les idées du parti - et auraient donc le gouvernement qu'ils souhaitent. Est-ce pour cela que, vu de l'extérieur, on peut dire que c'est mauvais pour la population ? Non. De quel droit s'arroge-t-on le pouvoir de décider de ce qui est bon ou mauvais pour un autre région, une autre culture, un autre pays ?
Car on ne voit que par les yeux de notre propre culture et de nos propres intérêts.

Toute autre modalité de désignation d'un chef d'Etat, quelle soit interne (révolution dictatoriale) ou extérieure (interventionnisme) serait un déni de démocratie.
Dans le premier cas, on obtient des régimes comme celui de Pinochet ou de Staline (je ne citerai pas celui d'Hugo Chavez car au Venezuela, manifestement, la population est demandeuse d'un tel pouvoir "fort" et il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat à proprement parler). Dans le second, on relève plutôt d'une politique colonialiste, voire interventionniste à la Bush (à Kaboul ou à Bagdad, voire au Nicaragua sous Reagan) - quand cela ne renvoie pas tout simplement à la visée hégémonique des religions expansionnistes comme l'a été la religion chrétienne jusqu'après l'Inquisition et comme l'a été l'Islam jusqu'à la reconquête de Grenade en 1492 et comme ses visées prosélytistes nous le fait de nouveau craindre aujourd'hui.

Non, chaque population a le droit de s'auto-déterminer, sans ingérence ni intrusion extérieure et sans que quiconque puisse avoir la prétention de dire que "ceci est bon pour vous" ou "cela est mauvais pour vous".
En démocratie, chacun a les dirigeants qu'il se donne et qu'il mérite...

Et après, il assume...

Écrit par : pacotille | 13/06/2007

si le signal de l'électeur avait été peu clair on aurait pu ergoter. Ce n'est pas le cas.
Le ps n'a plus la main et l'électeur de droite (bien sûr) comme de gauche n'a plus voulu qu'il l'ait.
On a deux partis qui clairement veulent gouverner ensemble, le mr et le CD&V-nva. Le cdh chèvre-choutise encore et tente dévergonder d'une manière ou d'une autre.
C'est actuellement au cdh à sortir de son chèvre-choutisme. Comme dit un éditorialiste, il n'y a pas eu d'heure H du cdh, mais il est maintenant devant son heure V, comme heure de vérité. Après on verra.
Mais quoi qu'il arrive, c'est-à-dire si l'orange bleue se casse la figure, l'électeur a clairement dit qu'il ne voulait plus de l'attitude prédominante du ps.
Si l'orange bleue passe effectivement, il y aura une opposition forte de gauche et des mouvements sociaux qui reprendront vigueur le cas échéant.

Écrit par : deborah | 13/06/2007

... L'électeur a peut être toujours raison, mais nous, nous voyons cela de notre point de vue de population favorisée. J'expliquais à Pacotille en début de semaine que j'ai rencontré lundi une connaissance au chômage, mère isolée avec deux enfants. Et elle n'était pas rassurée. Je la comprends : je n'aimerais pas qu'elle doive accepter deux mi-temps, au risque de se voir enlever ses allocations et devoir toujours s'occuper seule de ses deux enfants...

Écrit par : aldagor | 13/06/2007

... et la redéfinition de la notion d'emploi convenable prônée par les socialistes, ça la rassurait?

Écrit par : deborah | 13/06/2007

... et la politique "d'asile" d'un Vande Lanotte, c'était rassurant?
ET comme il n'y aura plus de syndicalistes qui placent leur famille et enfants dans des cabinets socialistes, ... ils seront plus vindicatifs peut-être.

Écrit par : deborah | 13/06/2007

Jean-Pierre De Clercq qui demande à Elio di Rupo de faire un pas de côté. Est-ce le monde à l'envers ... ou à l'endroit?

Écrit par : tonio le carolo | 14/06/2007

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